L’anglais, langue des machines, est un impératif culturel
janvier 21st, 2013 by bruno boutotCette phrase m’a tout de suite intrigué, et même choqué, dès que je l’ai vue dans le tableau de bord de mon Tumblr:
Elle vient du Tumblr The New Aesthetic de James Bridle, qui cite donc un twitt de Laurent Haug. Laurent étant franco-suisse, ce n’est pas de l’impérialisme anglo, mais un constat de travail.
Autant j’aime lire – et à l’occasion vivre – en anglais, autant j’ai toujours cru que l’on pouvait aussi bien utiliser le français en toutes circonstances. Mais cette phrase-massue dit sans détour que ce n’est pas vrai.
En plus, dans ce twitt, le mot-clé #codeisculture souligne le rôle que la programmation joue dans notre vie quotidienne, immergée dans le numérique. De la même façon que je vis à Montréal en français dans un urbanisme britannique, toute notre vie en français sur les outils numériques est donc infusée de structures fondamentales conçues en anglais. Et quiconque travaillle à édifier ces structures n’aurait d’autre choix que de le faire en anglais. Shocking indeed!
Pour en avoir le coeur net, j’ai tout de suite vérifié cette information auprès de Sylvain Carle, un ami non seulement programmeur mais qui est aussi très conscient des dimensions culturelles de nos enjeux numériques. Je lui ai posé la question sur Twitter de façon ouverte, ce qui fait que d’autres personnes ont répondu. Voici donc la suite de nos échanges sur Twitter:
Laurent Haug: Learning English is important, not only because it is the international language, but because it’s the language of machines #codeisculture
Bruno Boutot: .@sylvain Est-ce que c’est vrai? Jusqu’à quel point? Le code ou la documentation?
Damien Guinet: print, split, echo, if, require, include, else, head, body, strong, background, size, color… #php #html #css
Damine Guinet: Les documentations sont traduites, mais le code utilise des expressions anglo, effectivement.
Sylvain Carle: c’est vrai, les langages de programmation les plus utilisés sont tous en anglais (du moins la syntaxe pour programmer).
Maxime Jobin: Très vrai. De plus, la documentation et les mises à jour (ex: Gmail) sortent en anglais avant toute autre langue.
Merci donc à James, Laurent, Damien, Sylvain et Maxime d’avoir éclairci ce point. La politique des langues ne fait généralementpas partie de mes sujets, mais dans le cadre du Plan Numérique pour le Québec, la fabrication de nos outils et de nos espaces numériques prend de l’importance.
Ses conséquences peuvent s’articuler de différentes façons:
- La culture numérique devient un élément essentiel de toute culture
- Pour assurer son rayonnement, toute culture doit pouvoir produire, si nécessaire, des outils numériques qui lui sont propres
- Pour produire des outils numériques qui lui sont propres, le Québec doit pouvoir compter sur des personnes, francophones bilingues ou anglophones, qui programment en anglais.
Autrement dit: la survie culturelle du Québec francophone dans l’espace numérique repose sur notre maîtrise de l’anglais.
Intéressant paradoxe. La connaissance de l’anglais reposait jusqu’ici au Québec sur l’argument économique. C’est désormais un argument culturel.
J’y reviendrai dans une série sur le Plan numérique pour le Québec. #PlanQc
Illustration de couverture du livre Speaking Code Coding as Aesthetic and Political Expression By Geoff Cox and Alex McLean, via culturevis Flickr
Note pour geeks: J’ai passé plus de temps que prévu à faire cet article parce que j’ai expérimenté diverses façons de présenter des twitts. Je n’aime pas Storify parce que sa façon de reproduire les twitts interrompt le fil de la lecture. Il en est de même avec les solutions d’incrustation proposées par Twitter, ou par WordPress. Tous trois ont le même défaut: en voulant reproduire l’intégrale d’un twitt, y compris sa structure et tous ses hyperliens, on empêche de mettre en évidence le simple contenu du twitt. Si ça intéresse un codeur – chez Storify, Twitter, WordPress, Spundge ou autre – j’aimerais bien avoir un widget qui formate les twitts selon la solution que j’ai choisie ci-dessus. Ça ressemble plus au formatage classique d’un dialogue, et on trouve si besoin dans l’hyperlien toutes les informations sur le twitt original.










