La gratuité des médias sur Internet vaut de l’or
March 13th, 2010Une réflexion de Geneviève Lefebvre ce matin sur facebook relance un discours répandu à propos de la gratuité des médias sur Internet. Ça m’a donné l’occasion de partager une partie de mes observations sur le sujet. Merci Geneviève.
Comme vous ne me verrez pas faire de lien vers facebook tant que ce n’est pas un système ouvert (tant qu’on empêche de lire sans s’inscrire), je me permets de citer ici Geneviève au complet, avec ma réponse:
Today at 8:22am
Pigé dans la chronique de Pierre Foglia de ce samedi 13 mars.Lacan: «L’argent payé au psychanalyste dans une cure n’est que très accessoirement la rémunération du service, le rôle essentiel de l’argent est de valider l’échange.»
Valider l’échange.
Un des problèmes de la gratuité des contenus (que ce soit de l’information ou de l’entertainment) sur le Web est cette absence de validation. Les gens se disent “bah, si ça ne coûte rien, c’est que ça ne doit pas valoir cher”.
Dans l’ancien temps, les mères disaient aux filles de ne pas coucher avec les garçons avant le mariage parce que “pourquoi il achèterait la vache s’il peut avoir le lait gratuitement”?
Je ne sais pas ce que Lacan aurait pensé de cette image de vache, mais le psychanalyste a raison sur un point. On n’accorde de valeur qu’à ce qui nous a coûté quelque chose, en temps, en effort ou en argent.
Démocratiser, oui. Dévaluer, non. Reste à trouver comment faire respecter ces deux idéaux.
“Absence de validation” “Les gens se disent…”
Pas forcément.
La gratuité, spécialement dans le cas des médias sur Internet, est mal comprise. Personne ne s’est plaint depuis 50 ans que la radio ou la télévision commerciales soient gratuites.
Ce qui fait surgir des plaintes aujourd’hui, ce n’est pas la gratuité, c’est l’incapacité des médias sur Internet de rentabiliser cette gratuité, alors que ça marche si bien depuis si longtemps avec la radio, la télé, les quotidiens et les hebdos gratuits. Est-ce que tu as entendu l’éditeur de Voir ou de 20minutes chialer contre la gratuité?
Le problème sur Internet c’est que la pub ne comble pas les dépenses, ce n’est pas la gratuité (pas plus que pour la virginité, sans doute, mais je vais pas m’aventurer sur ce terrain. :-) ). Donc, comment obtenir de la valeur sur Internet en plus (ou “à la place”) de la pub est la vraie question.
Ça fait partie du sujet central que j’aborde dans mediamachina, mais je vais te laisser avec une piste tirée de L’“Essai sur le Don” de Marcel Mauss:
Je n’ai pas la citation exacte sous la main mais ça dit en gros (je vais corriger plus tard):
“L’acte du don crée chez le récipiendaire un lien social et une obligation de réciprocité.”
On est loin de “ça ne doit pas valoir cher”. Cette obligation de réciprocité a une valeur formidable.
La question devient: Qu’est-ce que les médias pourraient faire sur Internet pour cultiver ce lien social? pour offrir tout l’espace pour accueillir la réciprocité? Et enfin mais seulement enfin, comment en extraire de la valeur?
Mais on en est encore loin. La plupart médias sur Internet, pour l’instant, refusent encore obstinément la création d’un lien social avec leurs usagers (le fameux problème de l’anonymat que j’ai abordé ici). Mais c’est là que ça commence: l’accueil d’individus à part entière avec qui tu peux tisser des liens sociaux (et non des masses anonymes que tu ignores ou méprises).
C’est ça l’énorme valeur de la gratuité: l’opportunité d’engager une relation avec quelqu’un.
Ensuite vient la réciprocité, ensuite vient la valeur.
Mais si tu fais de la gratuité sur Internet sans l’accompagner d’une structure d’accueil, effectivement ça ne sert pas à grand chose: pas de réciprocité, pas de valeur. Juste de la frustration contre la gratuité.
Chaque jour, à chaque instant, les médias sur Internet qui n’accueillent pas leurs lecteurs comme des personnes à part entière (avec page personnelle, mémoire, réputation, appréciation et mise en valeur de leurs contributions, incitations et récompenses) laissent s’évaporer dans la nature les milliards de dollars que la réciprocité rendrait possible.
La gratuité vaut de l’or.





